ATS : Les Agents IA prennent le contrôle
- Jean-Baptiste Audrerie

- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
A l'occasion du Talent Lab organisé par Les Talents Narratifs et Laurent Brouat, Jean-Baptiste Audrerie a présenté sa lecture du marché. Cet article reprend et développe ses points présentés lors de sa conférence, le 21 mai 2026 à Paris.

Aux ATS, s'ajoutent les Agents IA
L'arrivée des agents IA bouleverse le travail, les organisations et les technologies. J’ai été l’un des premiers dès janvier 2025 (Conférence HR Technologies Paris) à en parler dans la communauté RH, anticipant l’impact sur les compétences et l’emploi.
Ce que vous faisiez, ils le font : déclencher une recherche dès qu’un poste se libère, faire les entrevues, pré-sélectionner (pre-screening), faire bouger les candidats dans le pipeline, et même faire signer les offres.
Le marché des technologies d’acquisition de talent s'est repositionné sur cette notion d'agent en moins de 12 mois. Cette émergence technologique s’observe dans tous les autres domaines technologiques (finance, ventes, relation client, légal, ingénierie, etc).
Mais surtout, aux technologies ATS s’ajoutent des solutions d’IA commerciales individuelles, qui procurent de l’efficacité individuelle, mais sont encore rarement maximisées pour une productivité organisationnelle.
90% des RH disent utiliser quotidiennement un assistant de type ChatGPT ou Microsoft Copilot. Le plus souvent, l’usage est clandestin (Shadow AI).
Plus de la moitié des professionnels les plus technos curieux ont testé entre mars et juin 2026 Claude Cowork avec ses Skills et ses Plugins. Ils ont découvert les capacités du « Computer Use ». Les agents IA, en votre nom, se connectent à vos applications via un Serveur MCP ou des connecteurs API.
Parmi les plus avancés, des utilisateurs de Claude ou Open AI ChatGPT ont testé, dans leur salon, le « vibe coding » (codage à la volée) récemment.
1- Il faut bien distinguer l’agent conversationnel (mode chat) de l’agent IA (mode cowork).
Il faut distinguer l’IA générative (assistants conversationnels et IA vocale) de l’IA agentique (agents IA).
L’agent agit. Il peut aller sur votre navigateur, faire des recherches, prendre des rendez-vous dans Outlook et produire des documents. Les agents ont appris à travailler et à agir dans un environnement numérique en copiant vos actions.

2- Si les recruteurs ne sont pas encore « agentisés », les candidats le sont déjà.
Vos candidats utilisent déjà des agents : Perplexity propose directement d'automatiser la candidature. Il existe désormais des dizaines de plugins (freemium ou premium) pour faire du « Job tracking », "Keyword Stuffing", "Autofiller", rédiger des CV automatiquement ou remplir les formulaires des ATS à la place des candidats.
Un outil comme Simplify connaît déjà 32 ATS différents et peut postuler à des centaines d'offres par jour en votre nom pendant que vous dormez.
En Amérique du Nord, cela a entraîné une hausse de 50 % du volume de candidatures en un an. 75 % des candidats utilisent au moins un assistant ou un agent. Cela génère des « matchs parfaits » sur le papier, mais aussi du « AI resume slop » (une avalanche de documents inutiles), de faux candidats et de la tricherie lors des entretiens vidéo.
Certains outils, comme l'application canadienne Hyrr.ai, entraînent même les candidats avec des avatars pour qu'ils donnent d’excellentes réponses aux recruteurs, toujours plus sensibles à la prestation verbale et à la présence qu’à la compétence contextualisée.
3- L’agentisation rapide du métier de recruteur
Côté recruteur, on passe de l'IA générative (rédaction d'offres) à l'IA agentique (action). Certains clients utilisent des agents intégrés à Workday ou SAP SF: dès qu'un départ est annoncé, le système lance automatiquement une recherche dans le vivier interne et prépare une liste de candidats externes ou une demande d’embauche si le remplacement sur le poste est préapprouvé.
Le marché de l'ATS évolue. On ne parle plus d'une grosse « brique » monolithique, mais de multiples capacités agentives. Le recruteur devient ainsi un orchestrateur d'agents. D’ailleurs, pour le recrutement de masse, l'automatisation peut être presque totale.
4- L’agentisation massive du marché des HR TECH
SAP SuccessFactors a racheté SmartRecruiters pour gagner en agilité avec une suite d'agents et ajouter des capacités modernes de recrutement.
Workday a racheté Paradox (leader du recrutement de masse par agents) pour recruter avec des agents, sans CV et via messagerie mobile.
Des solutions comme Deel ou Remote intègrent désormais le sourcing et l'onboarding pour les entreprises qui souhaitent se développer rapidement à l’international avec une solution EOR.
Tous les agents ne sont pas des agents IA. Certes, les agents IA offrent un large spectre, allant de véritables IA agentiques (effet mémoire, injection d’IA générative, actions semi-autonomes) et de bons vieux mécanismes programmatiques d’automatisation (logique linéaire : si ceci, alors ceci).
5- Ces trois niveaux technologiques s’emboîtent. Ils ne s’excluent pas.
Aujourd'hui, vous avez trois choix qui coexistent :
L’ATS conventionnel (SaaS) : Il représente la fondation. C’est la source de vérité pour les données et la sécurité. Les ATS conventionnels, surtout pour les entreprises d’une certaine taille, multi-entités et soutenues en termes de conformité, ont besoin d’avoir des processus de demandes d’embauche, de gestion budgétaire du recrutement, de reporting et de sécurité qui exigent des solutions établies et d’une certaine profondeur. On s’appuie sur eux pour embarquer les meilleures pratiques et suivre la réglementation (RGPD, AI Act, etc.) et l’évolution des solutions de l’écosystème HR TECH et TA (API et Serveur MCP).
L'assistant IA Conversationnel : Pour l'engagement et capter les candidats rapidement sur le site web (très efficace pour les employés de première ligne), ces assistants conversationnels facilitent la capture et la recapture de candidats prospects ou de candidats du bassin de talents.
Les agents IA : Ils enrichissent ou s'ajoutent aux solutions existantes ou les remplacent parfois pour des tâches spécifiques. Certaines solutions Best of breed se construisent sur un cas d’usage hautement spécialisé. On pense par exemple aux solutions de prise de note, de prise de RDV, d’entrevue de pré-sélection, d’évaluation de compétences ou encore de matching.
6- L'ATS est le pilier de votre "TA Stack".
Trois stratégies s'offrent à vous :
Buy (louer sur l'étagère des solutions SaaS clés en main). Vous louez les capacités et les agents préconfigurés. Vous déléguez la gestion et la maintenance pour vous concentrer sur l’utilisation.
Bridge (connecter vos systèmes, notamment via le protocole MCP d'Anthropic).
Build (prototyper vous-même via le vibe coding).
Pour ceux qui sont terrifiés par l'idée que le métier de recruteur pourrrait être totalement "agentisé", je pose ici la vue de l'éventail technologique qui compose le TA Stack (Envrionnement Technologique en Acquisition de Talents) qu'une grande entreprise ou PME peut théoriquement avoir avec une croissance et du volume de recrutement.

On se rend très rapidement compte que l'éventail est large, très large. Remplacé ce parc applicatif par des agents IA de type Claude Cowork, ou les "Vibe Coder", en totalité, est complexe, hasardeux et coûteux, à moins que cela ne soit votre coeur de métier.
7- Des nouvelles pratiques, largement prises en charge par les agents IA
1- Vers un recrutement de masse devenu une commodité, largement agentisé.
L'essor des solutions comme Paradox, Fountain ou d’autres marque un tournant pour le recrutement de masse des frontline workers. Ce marché est le terrain de jeu idéal pour les agents IA, capables d'automatiser le cycle complet, de la captation à la signature. En misant sur l'instantanéité mobile plutôt que sur le formulaire candidat à remplir et le bon vieux CV, ces outils réduisent les délais de trois semaines à quatre heures, optimisant radicalement la productivité. Le modèle d’affaires et l’expérience se transforment rapidement.
2- Vers un recrutement basé sur les compétences (Skills-Based Hiring)
Le diplôme perd de son importance. En 2025, selon l’enquête de LightCast, pour les recrutements en forte hausse de profil avec des compétences en IA, 94 % des candidats recrutés n'avaient pas le diplôme initialement demandé mais possédaient les compétences émergentes (comme le vibe coding). Les agents peuvent désormais déduire des compétences non mentionnées dans un CV en analysant le parcours.
3- Vers la fabrication d’informations : le levier de différenciation et de croissance des recruteurs et agences de demain.
Face à l’émergence des agents IA, il faut « Data-iser ». Si vous arrivez à fabriquer de la donnée et des insights inédits et utiles pour les candidats et les entreprises, vous sortez de la zone à risque que représente le pur transactionnel accaparé potentiellement par les agents IA.
Aller vers l’informationnel, c’est se placer en position haute : comprendre et documenter intimement le contexte « marché-candidats-clients »; transformer en indicateurs à partir de l’historique, du contexte et des résultats ; donner du feedback ciblé et personnalisé, piloter et guider stratégiquement. Ainsi, fabriquer de la donnée c’est produire de la valeur que l’IA ne peut pas juste répliquer. C’est sortir du piège du preneur de commandes réactif et de l’exécution qui est à risque d’agentisation.
Que ce soit à l’interne ou à l’externe, opérer des transactions, c’est codifiable et donc agentisable, à un certain coût. Si votre recrutement est une suite de transactions, votre valeur tend vers zéro.
8- Stratégies et avenir du métier du recrutement : remplacé (pas vraiment), recomposé (absolument).
"Un agent IA n’est pas suffisant pour remplacer un métier, à moins que votre métier ne se réduise à une seule tâche". Jean-Baptiste Audrerie
Les agents IA prennent action sur une ou plusieurs tâches, mais rarement, du moins pour l’instant, sur l’ensemble des tâches d’un emploi de recruteur corporatif ou d’un recruteur en agence.
Le poste de recruteur selon la base de données de descriptions d’emplois ESCO, O*net et LightCast représente entre 135 et 175 tâches.
Créer une chaîne d’agents IA de bout en bout est presque impossible, tant les paramètres sont nombreux et tant l’intangible et le relationnel sont des composantes complexes et itératives.
Dernier point : même si cela est possible en théorie, les coûts actuels des agents en tokens et la mémoire requise rendraient le projet rédhibitoire et vain, à moins de capter des volumes gigantesques de recrutements uniques. Ni Google ni OpenAI, qui avaient annoncé vouloir automatiser le match entre employeurs et candidats, ne l’ont réalisé.
9- Pilote, Copilote, Autopilote
Ma conviction et mon expérience m’indiquent que les métiers sont moins remplacés que recomposés. Cette recomposition des emplois avec l’arrivée de l’IA agentique passe par les tâches.
Chaque emploi se découpe en tâches que nous classons en : Pilote, Copilote, Autopilote (Modèle PAC).
Pilote : Pour le relationnel, le conseil, la politique interne et l'expertise de haut niveau (environ 50 à 60 tâches humaines essentielles).
Copilote : Pour vous assister dans la rédaction et l'analyse.
Autopilote : Pour les tâches administratives et répétitives (10 à 20 agents).
Chez Nexa RH, c’est la façon dont nous traitons les descriptions d’emploi et nous opérationnalisons la transformation IA, tâche par tâche. Cela rend les choses tout de suite plus réalistes et tangibles : Quelles tâches ? Quelle valeur ajoutée humaine unique ? Quelle IA ? Quel gabarit et quel processus ? Quels volumes ? Quels coûts ?
Le métier de recruteur doit aussi se « premium-iser ». Si vous restez dans la transaction simple, les agents vous remplaceront car le coût de la technologie tend vers zéro.
Les recruteurs ne vont pas disparaître, mais ils devront monter en compétences sur le volet « pilote » pour se distinguer dans ce que l’IA ne peut prendre en charge.
10- Au milieu de la hype "IA agentique", retenez ceci :
Le métier de recruteur est un métier hautement itératif, « context-dependent », et parfois hautement politique et relationnel (comprendre : peu codifiable), surtout pour les processus à poste unique.
La création de valeur s’obtient dans la délégation de certaines tâches bien ciblées aux agents IA, combinée avec le rehaussement des tâches à haute valeur humaine (à vous des définir).
En IA, la réinvention est continuelle (tous les 3 à 6 mois). Votre capital est la donnée propriétaire, les processus formalisés et l’alliance de haut niveau Humains-Agents.
Agentiser son emploi, c’est du travail.
Orchestrer les essaims d’agents exige des volumes de transactions codifiables.
L’IA agentique coûte cher (sécurité, tokens, mémoire, gouvernance, contrôles, amélioration continue, changement ou mise à niveaux des modéles).
Bonne Agentisation.
Bonne Data-ification.
Bonne Premium-isation.
Pour aller plus loin :
Lisez notre article : Marché HR Tech 2026 : Consolidation et Agentisation.
Lisez notre article : Les 32 Fusions et Acquisitions du marché HR TECH 2025.
Lisez notre article : Vers une organisation agentique
Lisez notre article : Des exemples d'Agents IA
Lexique des termes techniques et concepts
L'IA, c'est tout un nouvel univers de concepts et de notions. Le language évolue rapidement.
Agentisation (Agentiser) : Transformation d’un emploi, d’un processus ou d’une organisation par la délégation de tâches à des agents IA. « Agentiser » son métier, c’est analyser les tâches une à une pour confier les plus codifiables aux agents et rehausser les tâches à haute valeur humaine.
IA agentique : IA capable d’agir de façon semi-autonome : enchaîner des actions, se connecter à des applications et exécuter des tâches en votre nom, au-delà de la simple génération de contenu.
Agent IA : Programme qui agit dans un environnement numérique (navigateur, logiciels) en copiant les actions humaines : recherches, prises de rendez-vous, production de documents.
"Computer Use" : Capacité d’un agent IA à piloter directement un ordinateur (clavier, souris, écran) comme le ferait un humain, pour utiliser des applications non prévues pour l’automatisation.
Serveur MCP (Model Context Protocol) : Protocole ouvert d’Anthropic permettant à un agent IA de se connecter de façon standardisée à des applications et des sources de données externes.
"Tokens" ou Jetons : Unités de texte (mots ou fragments de mots) que traite un modèle d’IA. La consommation de tokens mesure et facture l’usage des agents IA : plus une tâche est longue ou répétée, plus elle coûte cher en tokens.
"Vibe coding" : Codage à la volée : développer un prototype ou une application en décrivant en langage naturel ce que l’on veut, l’IA générant le code.
EOR (Employer of Record) : Tiers employeur légal qui embauche des salariés pour le compte d’une entreprise, notamment pour se développer à l’international sans entité locale.
"Frontline Workers" : Employés de première ligne (terrain, service, production), souvent recrutés en masse et en continu.
"AI resume slop" : Avalanche de CV et de candidatures générés en masse par l’IA, souvent de faible valeur, qui sature les processus de recrutement.
Data-ification (Data-iser) : Stratégie consistant, face aux agents IA, à fabriquer de la donnée et des insights inédits et utiles pour les candidats et les entreprises, afin de sortir du pur transactionnel et de créer une valeur que l’IA ne peut pas simplement répliquer.
Premium-isation (Premium-iser) : Montée en gamme du métier de recruteur vers les tâches à haute valeur humaine (relationnel, conseil, stratégie), par opposition à la transaction simple que les agents IA peuvent automatiser à coût quasi nul.
Modèle PAC (Pilote / Copilote / Autopilote) : Cadre NexaRH de répartition des tâches d’un emploi : Pilote (tâches humaines essentielles), Copilote (assistance par l’IA) et Autopilote (tâches automatisées par des agents).
Au plaisir de lire vos commentaires ou vos questions.
Si vous souhaitez organiser une conférence pour vos équipes AT sur ce sujet, contactez-moi via le fomulaire du site.





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